'Marcher dans leurs traces': les discours de l'hagiographie et de l'histoire in L'Hagiographie syriaque, A. Binggeli (dir.), Paris: Geuthner, 2012 (Etudes syriaques 9), p. 9-48.

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"'Marcher dans leurs traces': les discours de l'hagiographie et de l'histoire" in L'Hagiographie syriaque, A. Binggeli (dir.), Paris: Geuthner, 2012 (Etudes syriaques 9), p. 9-48.
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  Volume édité par A NDRÉ B INGGELI GEUTHNER études syriaques9 L’hagiographie syriaque  ©2012 , S . N . LIBRAIRIEORIENTALISTEPAULGEUTHNERS . A . 16 RUEDELAGRANDECHAUMIÈRE - 75006 PARIS ISBN: 978-2-7053-3871-8 Tous droits réservés Photo de couverture :©Rima SmineCouverture :Vincent Castevert  L’hagiographie syriaque , A. B inggeli (éd.), Paris, 2012 (Études syriaques 9), p. 9-48. « M archer   dans   leurs   traces » : les   discours   de   l ’ hagiographie   et   de   l ’ histoire Muriel d eBié CNRS, IRHT Ce volume porte sur quelque chose qui n’est pas déni comme tel en syriaque. Il n’existe pas en effet de catégorie « hagiographie » avant le xix e siècle, au moment où elle est dénie comme paradigme narratif des biographies des saints. Les termes d’« hagiographe », pour désigner l’auteurde Vies de saint et d’« hagiographie » pour désigner à la fois les textes etl’étude des saints (de leur culte et des textes qui leur sont liés) ont seulementalors été utilisés dans le sens que nous leur connaissons, en contraste avecceux d’histoire et d’historien, à un moment où ces catégories prenaientleur autonomie épistémologique. Nos travaux d’aujourd’hui reposent sur ces dénitions et exclusions du xix e siècle qui ont fait naître les catégories d’hagiographie et d’histoire. Cela signie que les frontières entre les deux n’étaient pas aussi nettes – si elles existaient véritablement – pour lespériodes anciennes, mais aussi que la critique de ces catégories a déjà unehistoire derrière elle. C’est à la partie de l’hagiographie dévolue aux écritssur les saints et non à leur culte que s’intéresse cet article.Ce sont les historiens qui ont inventé la notion d’hagiographie comme narration de ction, caractérisée par des récits de miracles et de légendes. Le terme d’ hagiographa en latin, qui a donné le mot hagiographie, a d’aborddésigné en effet la dernière partie de la Bible hébraïque, à savoir lespsaumes, les prophètes et les Lamentations 1 . La catégorie telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est donc dénie dans une double exclusion de la Bible d’un côté et de l’histoire de l’autre, pour désigner des textesconsidérés comme non-bibliques et non-historiques 2 . 1. l ifschitz 1994, p. 108.2. l ifschitz 1994, p. 109-110.  10 l ’ hagiographie   syriaque C’est en effet par rapport à la « vérité » que se sont trouvées dénies au xix e siècle les catégories de l’hagiographie mais aussi des apocryphes,des romans et des légendes, envisagées comme des narrations dont le butpremier n’était pas la vérité. Le contexte plus général d’une Europe où se dénissaient les États nations a également eu des conséquences sur cette histoire de la disciplinecar l’histoire était alors au service de la construction de l’image nationale, au détriment de ce qui n’était pas signiant dans ce contexte. Dans le même temps, était à l’œuvre une sécularisation qui poussait dans le sens de laséparation de l’histoire profane des disciplines religieuses. La dimension demerveilleux et la présence de miracles dans les Vies de saints se trouvaientdans ce cadre nationaliste assimilés à une religion populaire voire à unesuperstition.L’étude des saints pourtant remontait aux travaux des Bollandistes àpartir du début du xvii e siècle. Elle visait essentiellement à « reconstruire le prol d’un saint à travers la documentation littéraire et liturgique et le placer dans ses coordonnées topographiques et géographiques » 3 .L’étude des Vies de saints et de leur culte a donc bien commencé avantle xix e siècle, mais c’est à ce moment-là seulement qu’elle a été érigée encatégorie autonome.Les auteurs anciens avaient quant à eux fait de l’hagiographie sans lesavoir, mais tout en étant conscients de la différence entre histoires et Vies de saints, même en syriaque où pourtant il n’existe pas de terme spécique pour distinguer une Vie de saint, un martyre, un texte apocryphe, un roman, une histoire ou une légende, tous uniformément qualiés de taš  ʿ ita , histoire, récit 4 . Les Vies des héros chrétiens sont en effet posées enportraits spirituels et en modèles et leur écriture assimilée à la peintured’images 5 sinon d’icônes. Les écrits portant sur ces gures exemplaires du christianisme entrent ainsi dans un processus de création du passécommunautaire, particulièrement dans les temps de crise spirituelle et politique où se dénissent les identités chrétiennes, d’abord face aux païens, face aux zoroastriens dans l’Empire perse, face aussi aux autresdénominations chrétiennes – à partir des querelles christologiques du v e siècle –, face enn aux musulmans. Si de nombreux saints furent 3. e fthyMiadis 2011, p. 4.4. B rock 2011, p. 260. L’équivalent syriaque du grec martyrion ,  sahduta , n’est presque jamais employé dans les titres des productions syro-orientales qui sont les plus nom-breuses pour ce genre. Parfois taš  ʿ ita est accompagné de d-dubare, « histoire de lamanière de vivre » d’un ascète. Le terme de neṣḥane, exploits, est parfois présent aussi.5. Sur ces sujets, voir c aMeron 1991, p. 145-146 notamment.  11 les   discours   de   l ’ hagiographie   et   de   l ’ histoire œcuméniques et franchirent les barrières des langues et des Églises, deshagiographies concurrentes furent produites en syriaque où miracles etfaveur divine accordés aux individus entraient dans la lecture de l’action de Dieu sur terre. Les divisions christologiques et les contacts avec d’autres religions furent un stimulus à la production littéraire, dans le domaine del’hagiographie comme dans bien d’autres.Cette créativité va de pair avec une grande diversité régionale : le saintest ancré dans un territoire, souvent un terroir, où son culte commenceà se développer. À côté des saints mondialisés, l’hagiographie célèbre dessaints locaux dont la renommée, pour certains, ne dépassa jamais les mursde leur cellule, de leur monastère ou de leur cité. La tradition manuscriteest à cet égard parlante pour évaluer le succès d’estime de tel ou tel saint 6 .Les particularismes régionaux trouvent à s’exprimer dans l’hagiographiealors qu’une standardisation relative est de mise dans le domaine de laliturgie où l’orthopraxie, gage d’orthodoxie, prévaut. L’hagiographie est unespace d’expression locale où peut s’épanouir une liberté que ne permet pas toujours le discours ofciel des Églises. Les Vies ou Passions romanesques sont l’expression de cette liberté de ton qui joue avec l’imitation de modèleslittéraires et de sainteté dans un processus créatif du discours chrétien qui promeut des gures locales de saints, réelles ou inventées. La discipline appelée hagiographie telle que nous la pratiquonsaujourd’hui a donc sa propre histoire et les textes hagiographiques ont joué un rôle dans l’écriture identitaire de la mémoire des communautés chrétiennes au même titre que les œuvres proprement historiques ou exégétiques en tant que discours sur le passé. Ils ont aussi servi de sourceaux historiens anciens comme aux historiens modernes, mais selon desmodalités différentes. Ce sont ces différents aspects que voudrait explorerl’analyse de ces discours hagiographiques et historiques. Production hagiographique et histoire des Églises Un grand nombre de saints « universels » étaient reconnus par lesdifférentes Églises, quelle que fût leur confession. Tel est le cas detextes que la critique moderne considère à la fois comme apocrypheset hagiographiques : certains actes des apôtres 7 , les Vies de la Vierge 6. Sur les manuscrits hagiographiques, voir dans ce volume l’article d’A. Binggeli.7. Voir par exemple n au 1898, sur les martyres de Pierre, Paul et Luc, et n au 1909 surles voyages de Pierre ; ou encore d esreuMaux 2005b.
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