INVENTAIRE DES POISSONS RECOLTES LORS DE L'ERUPTION VOLCANIQUE D'AVRIL 2007 DU PITON DE LA FOURNAISE (ILE DE LA REUNION

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INVENTAIRE DES POISSONS RECOLTES LORS DE L'ERUPTION VOLCANIQUE D'AVRIL 2007 DU PITON DE LA FOURNAISE (ILE DE LA REUNION
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  ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES NATURELLESAnn. Soc. Sci. nat. Charente-Maritime, 2009,9(9) : 948-956 INVENTAIRE DES POISSONS RECOLTES LORS DE L’ERUPTION VOLCANIQUE D’AVRIL 2007 DU PITON DE LA FOURNAISE (ILE DE LA REUNION) Par Patrick DURVILLE (1) , Thierry MULOCHAU (1) , Alain BARRERE (2,3) , Jean-Pascal QUOD (3) , Jérôme SPITZ (4,5) ,  Jean-Claude QUERO (6)  & Sonia RIBES (7) Résumé :  Une éruption majeure du Piton de La Fournaise sur l’île de la Réunion a eut lieu en avril 2007. De nombreux poissons morts flottant en surface de la mer sont alors observés aux pieds des coulées. Plus de 400 spécimens sont récoltés. 81 espèces pour 42 familles correspondantes ont été identifiées. Elles vivent en majorité dans une zone dite profonde, entre -100m et -1000m. 47 espèces sont nouvelles pour la faune ichtyologique de l’Ile et 12 espèces seraient nouvelles pour la Science. Ce phénomène rare, connu des Iles Hawaii et Galapagos, n’avait jamais été observé à la Réunion. Summary :  An important eruption of Piton de La Fournaise on the Reunion Island started at April 2007. A large number of killed fishes were found floating on the sea in front of lava flows. More than 400 specimens were caught: 81 species for 42 families were identified. In the majority, these were deep species living between -100m and -1000m depth. 47 species are new for the ichthyologic fauna of the Reunion Island and about 12 species are probably new for the Science. This phenomenon, known from Hawaii and Galapagos, was not yet observed at the Reunion Island. Mots clés/Keywords :  Océan Indien / Indian ocean ; La Réunion ; Piton de La Fournaise ; Eruption volcanique / volcanic eruption ; Poissons profonds / Deep fish ; Nouvelles espèces  / New species (1)  Aquarium de La Réunion, Port de plaisance - 97434 Saint-Gilles-les-Bains, Ile de la Réunion (2)  Maison du Volcan, RN3 Bourg Murat - 97418 Plaine-des-Cafres, Ile de la Réunion (3)  Agence pour la Recherche et la Valorisation Marines, 3, rue Henri Cornu - Technopole de la Réunion - 97490 Ste Clotilde, Ile de La Réunion (4)  Littoral, Environnement et Sociétés, UMR6250, Université de La Rochelle / CNRS, 2 rue Olympe de Gouges - 17000 La Rochelle (5)  Parc zoologique de La Flèche, Le Tertre Rouge - 72200 La Flèche (6)  Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle, 28 rue Albert 1 er  - 17000 La Rochelle (7)  Muséum d’Histoire Naturelle de l’Ile de la Réunion, rue Poivre - 97400 Saint-Denis, Ile de la Réunion   Découvrez plus de documents accessibles gratuitement dans  Archimer     DE LA CHARENTE-MARITIME949Ann. Soc. Sci. nat. Charente-Maritime, 2009,9(9) : 948-956 L’ILE DE LA RÉUNION : CONTEXTE VOLCANIQUE ET ÉRUPTION DE 2007. L’Ile de la Réunion est située au sud ouest de l’Océan Indien par 55°32’ de longitude Est et 21°06’ de latitude Sud, à environ 800 km à l’Est de Madagascar. C’est un édifice volcanique issu d’un point chaud asthénosphérique ayant la forme d’un cône aplati de 220 km de diamètre et 7500 m de hauteur. Il repose sur le plancher océanique à 4500 m de profondeur et culmine au Piton de neiges à 3070 m d’altitude. Il est composé de 2 volcans : le Piton des Neiges au nord-ouest dont l’activité à cessé il y a 12 000 ans (Deniel, 1988) et le Massif de La Fournaise au sud-est, actif depuis plus de 700 000 ans (Gillot & Nativel, 1989 ; Bachelery & Mairine, 1990). L’activité actuelle (1998-2007) du Piton de la Fournaise (Staudacher et al. , 2001 ; 2007) se déroule pour l’essentiel à l’intérieur de l’Enclos Fouqué, au niveau des 2 cratères sommitaux ou le long d’axes préférentiels (surtout rift zones N10° et N120°) (Michon et al. , 2007a). Les manifestations du volcan de La Fournaise, qui est un volcan bouclier intraplaque de type hawaiien, sont caractéristiques des volcans de point chaud avec un dynamisme effusif et une mise en place de coulées essentiellement basaltiques de type « aa » (en gratons) ou « pahoehoe » émises au niveau de fissures éruptives (Bachelery et al. , 1983 ; 1999). C’est l’un des volcans les plus actifs du monde en ce qui concerne le nombre d’éruptions par an. En 1998, après une période de calme de 6 années, une éruption majeure qui durera 196 jours, réalimente le système de stockage superficiel (Staudacher & Villeneuve, 1998 ; Battaglia & Bachelery, 2003 ; Battaglia et al. , 2005). Depuis, il est entré en éruption 25 fois (Peltier, 2007 ; Staudacher et al. , 2007). Ces 5 dernières années la lave a atteint 5 fois le littoral pour se déverser dans la mer.Le 30 mars 2007, une nouvelle éruption débute sur le Massif de La Fournaise avec l’ouverture d’une fissure éruptive vers 1900 m dans la partie sud-est du sommet. Elle ne dure que 10 heures, mais une forte sismicité demeure. Le 2 avril, une large fissure s’ouvre sur le flanc est, dans la partie sud de l’Enclos Fouqué entre 700 et 500 mètres d’altitude. L’éruption se focalise à 650 m altitude. Une énorme quantité de matière très fluide est expulsée avec un débit moyen de 54 m 3 .s -1  et des maxima à 200 m 3 .s -1   (information OVPF/IPGP). Onze heures après l’ouverture de la fissure, la lave atteint la mer en provoquant d’énormes explosions et un immense panache de vapeur. Le 6 avril, concomitant avec l’effondrement du Dolomieu, l’activité volcanique est maximale avec des fontaines de lave qui atteignent 200 m de hauteur. L’éruption a duré 1 mois et fait partie des éruptions majeures de l’histoire de la Fournaise avec l’effondrement du plancher du Dolomieu suite à la vidange partielle de la chambre magmatique. Le Do- lomieu, qui était entièrement rempli, se présente maintenant sous forme d’un cratère de 300 m de profondeur (Michon et al. , 2007b). Plus de 140 millions de m 3  de matériaux ont été émis par l’éruption et ont produit des coulées de lave de 60 m d’épaisseur (OVPF/IPGP). Une plate forme littorale s’est formée sur 1800 m de longueur et 370 m vers le large. Six mois après la fin de l’éruption, un relevé bathymétrique de la coulée volcanique a été effectué à l’aide d’un sondeur Simrad avec le logiciel de navigation Olex et a permis de construire une représentation en 3D des fonds topographiques au devant de la plate forme de lave. Depuis la surface jusqu’à -400 m de profondeur, on observe  ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES NATURELLES950Ann. Soc. Sci. nat. Charente-Maritime, 2009,9(9) : 948-956 une pente régulière proche de 40°. Les avalanches de matériaux basaltiques chauds et denses, en relation avec de forts débits de lave, ont pu atteindre le fond et ont donc pu avoir une influence jusqu’à cette profondeur. D’autres relevés bathymétriques ont été réalisés à partir du Beautemps-Baupré, bâtiment hydrographique et océanographique, au mois de janvier 2008. Ces relevés, comparés à une bathymétrie plus ancienne, met-tent en évidence l’arrivée de matériaux volcaniques, en relation avec cette éruption,  jusqu’à 800 m de profondeur et allant jusqu’à une distance de 3 km au large. L’ÉRUPTION À L’ORIGINE DE DÉCOUVERTES ICHTYOLOGIQUES. En plein cœur de l’éruption, le 8 avril, une équipe s’approche de la coulée par la mer et observe des poissons morts flottant en surface. Après un rapide examen, ces poissons se sont révélés être peu connus et provenir de grande profondeur (au delà de 100 mètres). Une campagne d’échantillonnage a donc été organisée rapidement pour collecter un maximum d’informations sur cette découverte, comprendre d’où provenaient ces poissons et quelles étaient les espèces concernées. A partir d’une embarcation, de simples épui- settes ont été utilisées pour collecter les poissons qui flottaient à la surface de l’eau à la limite des nappes d’eau chaude engendrées par chaque arrivée massive de lave en mer. Trois collectes d’environ 1 heures ont ainsi été réalisées : le 8 avril, 9 avril et 11 avril. Plus aucun poisson n’a ensuite été retrouvé lors des autres sorties qui ont suivi ; cela semble être en lien avec une interruption de l’éruption pendant quelques heures le 10 avril. Les spécimens ont été triés en laboratoire, photographiés puis congelés. Chaque poisson a fait l’objet d’une diagnose puis a été plongé 24 h dans une solution de formol à 10 % et mis en collection dans une solution d’alcool à 70 degrés.Après détermination de 404 exemplaires, puis tenant compte des photographies de quelques spécimens non retrouvés dans les collections : Enchelynassa canina, Hoplos-tethus sp., Aulostomus chinensis, Prognathodes guezei   et Naso hexacanthus , nous avons établi une liste de 81 espèces pour 42 familles correspondantes (Tableau 1) . Cette liste a été comparée à celle du catalogue des poissons de l’Ile publiée récemment (Letourneur et al. , 2004) comprenant 885 espèces et 150 familles. Nous avons constaté que la majorité des espèces récoltées en avril 2007 (47 sur 81), sont nouvelles pour la faune ichtyologique de la Réunion. Le catalogue précédemment publié indique à quel type de fond chaque espèce est inféodée : récifs coralliens, roche, fonds meubles, poisson pélagique ou semi-pélagique, d’eau douce ou d’eau saumâtre. Parmi les 34 espèces communes aux deux listes, seulement 18 sont liées au récif corallien ; 12 viennent des profondeurs ; 3 sont caractéristiques des fonds meubles et une vit dans les roches. Quant aux espèces nouvelles pour la faune de l’Ile, certains caractères tels que des yeux hypertrophiés ou la présence d’organes bioluminescents donnent une indication sur leur répartition verticale. En effet, ces deux adaptations sont bien connues chez les espèces qui vivent dans la zone -200 m à -1000 m appelée mésopélagique ou mésobenthique en fonction de la proximité du fond. Ce milieu est faiblement éclairé et devient totalement obscur vers les couches inférieures. Ainsi de grands yeux hyper -trophiés permettent de capter la moindre luminosité dans cet habitat crépusculaire. Au delà de 1000 m de profondeur, l’obscurité est totale, la vision n’a plus d’utilité, les  DE LA CHARENTE-MARITIME951Ann. Soc. Sci. nat. Charente-Maritime, 2009,9(9) : 948-956 espèces vivant à ces profondeurs ne présentent plus cette caractéristique. Quant à la présence de photophores ventraux, ces organes permettent de protéger l’animal qui en est pourvu. Ainsi, ces espèces contrôlent l’intensité de leur bioluminescence en fonction de la luminosité du milieu jusqu’à éteindre ses photophores si nécessaire. A luminosités égales, leur silhouette se fondant dans le milieu ambiant devient invisible. Afin d’avoir une idée de la sonde d’où ils peuvent provenir, nous avons sélectionné 3 espèces bien représentées dans la collection et n’effectuant pas de migrations nycthémérales. Il s’agit du Myctophidae épibenthique Diaphus knappi   récolté à 16 exemplaires et dont les prises connues ont été effectuées entre 122 et 664 m (Hulley, 1986) ; du Neosco -pelidae benthopélagique Neoscopelus macrolepidotus  récolté à 19 exemplaires et qui est généralement capturé entre 300 et 800 m (Hulley, 1986) et enfin de l’espèce la plus abondante Sphyraenops bairdianus , appartenant à la famille des Epigonidae, avec 64 exemplaires, péchée habituellement entre 380 et 1600 m. Les sondes indiquées étant des minima et des maxima, on peut penser que nombre des poissons récoltés viennent de profondeurs supérieures à 400 m. Cette hypothèse permet d’apporter une explication au fait inattendu que plus de la moitié des poissons tués par l’éruption soient des espèces nouvelle pour la faune de l’île de La Réunion. Comme le signalent Letourneur et al.   (2004), les études sur les poissons du récif corallien sont nombreuses, ce qui n’est pas le cas pour les autres milieux. Les seules prospections profondes faite à La Réunion l’ont été en septembre / octobre 1982 au cours de la campagne MD32 du N/O « Marion Dufresne » avec des chaluts à perche à très faible pouvoir de capture et des dragues. Uniquement des fonds meubles ont été alors prospectés et en petits nombres. D’autre part, une partie des poissons récoltés en surface sont des espèces mésopélagiques océaniques appartenant aux familles des Sternoptychidae, Phosichthyidae, Myctophi -dae et Trichiuridae. Encore plus surprenant est la présence d’environ douze espèces nouvelles pour la Science ( Tableau 1  ; certaines espèces indiquées devant être encore étudiées). Nous en avons eu moitié moins au cours d’un mois de campagne sur le « Marion Dufresne ». Il s’agit soit d’espèces épibenthiques comme  Argyripnus  sp., soit démersales comme Neocentropogon  sp., c’est à dire inféodées à des fonds profonds jusqu’alors non prospectés. Sont-elles endémiques à l’île de La Réunion ou des Masca-reignes ? Nous ne sommes pas en mesure de le savoir… Tableau 1  - Liste des poisons récoltés lors de l’éruption du Piton de la Fournaise d’avril 2007 (+ : espèces nouvelles pour La Réunion ; * : espèces nouvelles pour la science) Famille et EspèceN° de Collection : Nb   MURAENIDAE Enchelynassa canina  (Quoy & Gaimard, 1824) : 1 SYNAPHOBRANCHIDAE Dysomma anguillare  (Barnard, 1923) +MHN RUN P-511 : 9 CONGRIDAE  Ariosoma mauritianum  (Pappenheim, 1914)MHN RUN P-512 : 3 Bathycongrus wallacei   (Castle,1968)MHN RUN P-513 : 1 STERNOPTYCHIDAE  Argyripnus sp* +  MHN RUN P-514 : 8  Argyropelecus aculeatus  Valenciennes in Cuv. & Val., 1850MHN RUN P-515 : 6  ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES NATURELLES952Ann. Soc. Sci. nat. Charente-Maritime, 2009,9(9) : 948-956 STERNOPTYCHIDAE (suite)  Argyropelecus hemigymnus  Cocco, 1829 +MHN RUN P-516 : 1 Polyipnus indicus  Schultz, 1961 + : 1 Valenciennellus tripunctulatus  (Esmark, 1871) +MHN RUN P-517 : 1 PHOSICHTHYIDAE + Pollichthys   mauli   (Poll, 1953) +MHN RUN P-518 : 26 Photichthys argenteus  (Hutton, 1872) +MHN RUN P-519 : 1 MYCTOPHIDAE Benthosema fibulatum  (Gilbert & Cramer, 1897) +MHN RUN P-520 : 5 Bolinichthys supralateralis  (Parr, 1928) +MHN RUN P-521 : 17 Ceratoscopelus warmingi   (Lütken, 1892) +MHN RUN P-522 : 13 Diaphus knappi   Nafpaktitis, 1978 + MHN RUN P-523 : 16 Idiolychnus urolampus  (Gilbert & Cramer, 1897) +MHN RUN P-524 : 7 Lampanyctus nobilis  Taning, 1928 +MHN RUN P-525 : 1 Lampanyctus pusillus  (Johnson, 1890) +MHN RUN P-526 : 3 NEOSCOPELIDAE + Neoscopelus macrolepidotus  Johnson, 1863 +MHN RUN P-527 : 19 MORIDAE + Gadella jordani   (Böhlke & Mead, 1951) +MHN RUN P-528 : 1 Physiculus argyropastus  Alcock, 1894 +MHN RUN P-529 : 1 OPHIDIIDAE Brotula multibarbata  Temminck & Schlegel, 1846MHN RUN P-530 : 8 CARAPIDAE Pyramodon ventralis  Smith & Radcliffe in Radcliffe, 1913 + MHN RUN P-531 : 4 TRACHICHTHYIDAE + Genus sp* + MHN RUN P-544 : 1 HOLOCENTRIDAE Myripristis sp* +MHN RUN P-534 : 2 Ostichthys kaianus (Günther, 1880)MHN RUN P-535 : 4 Sargocentron inaequalis  Randall & Heemstra, 1985MHN RUN P-532 : 1Sargo centron punctatissimum  (Cuvier, 1829)MHN RUN P-539 : 2 Sargocentron spiniferum  (Forsskål, 1775)MHN RUN P-612 : 1 Sargocentron tiereoides  (Bleeker, 1853) +MHN RUN P-533 : 2 POLYMIXIIDAE Polymixia berndti   Gilbert, 1905MHN RUN P-536 : 4 CAPROIDAE  Antigonia capros  Lowe, 1843MHN RUN P-537 : 1  Antigonia rubescens  (Günther, 1860) +MHN RUN P-538 : 1 AULOSTOMIDAE  Aulostomus chinensis  (Linné, 1766) FISTULARIIDAE Fistularia petimba  Lacepède, 1803MHN RUN P-540 : 1 Fistularia commersonii   Rüppell, 1838MHN RUN P-541 : 1
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