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  AACCTTAA IIAASSSSYYEENNSSIIAA CCOOMMPPAARRAATTIIOONNIISS,, 88 /  / 22001100  AALLTTEE LLUUMMII /  /  OOTTHHEERR WWOORRLLDDSS /  /  AAUUTTRREESS MMOONNDDEESS ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________   106 ALINA CRIHANĂ   Universitatea „Dunărea de Jos”, Galaţi    L’autre monde en tant que monde des livres : l’allégorie de la catabase et son enjeu intertextuel  dans La Divine Comédie  Das Jenseists als Welt der Bücher: die Allegorie der Katabasis und ihre intertextuelle Darstellung in Die Göttliche Komödie Schlüsselwörter : Allegorie, Hermeneutik, Intertextuallität, Wiederschreiben, Mythos, Katabasis.    Zusammenfassung:   Weit eine einfache rethorische Figur zu sein, ist die Dantes Allegorie einen vielschichtigen Bau, mit vielen Bedeutungsniveaus, die mit der Parabel man vergleichen kann und die die symbolische Vorstellung als Grund hat. Mehr als diese semantische Vielschischtigkeit von Dante selbst und anderen Exegeten – moistens Cristoforo Landino – hervorhebt, steht der allegorische Bau dieses Thema der Katabasis in enge Verbindung mit dem hermeneutischen Schritt. Darauf begründet sich die poetische Ontologie, die von dem Dichter aus Florenz durch ständigen Dialog zwischen alten Vorbilder, die griechische-lateinische Mythen, und neuen Vorbilder, die Literaturformen seiner Epoche. So, in Die Göttliche Komödie, wird der archaische Vorgang der Reise nach Hölle, mehr als eine geistige Bedeutung, der Vorwand einer Anamnesis, einer Forschung nicht nur des “Buches der Welt”, sondern auch der Welt der Bücher.   Introduction. De l’allégorie de l’autre monde à l’herméneutique des livres Au XV ème  siècle, l’un des plus remarquables exégètes de l’œuvre de Dante, Cristoforo Landino, situait le voyage dans l’autre monde, en tant que schéma allégorique organisateur de la  Divine Comédie , dans le «contexte» d’un dialogue avec les grands maîtres de l’épopée antique – Homère (l’auteur de l’Odyssée ) et Virgile (l’auteur de la «divine» Énéide ) –, tout en s’inscrivant dans la tradition de la herméneutique néo-platonicienne qui postulait l’idée «d’une unité historique des textes tout au long de l’histoire littéraire, (…) d’une sorte de  poésie perpétuelle , qui mimerait dans son histoire la  philosophia perrenis  de Ficin. (…) En cela l’entreprise de Landino exporte la chaîne sapientiale des ficiniens dans le domaine de la littérature» 1 . Tout en substituant aux quatre strates de l’exégèse allégorique de l’époque un «principe unique d’interprétation», Landino proposait une lecture qu’il considérait toujours allégorique, mais ouverte à la multiplicité des sens, fondus dans un sens «surplombant» 2 ayant pour référence la condition humaine en général, dont les figures «archétypales» 3  seraient les deux héros épiques, Dante et Énée, son modèle 1  Teresa Chevrolet,  L'idée de fable: théories de la fiction poétique à la Renaissance , Tome 423 de Travaux d'Humanisme et Renaissance , Genève, Librairie Droz, 2007, pp. 217-218. 2    Ibidem , p. 211. 3  C’est Roberto Cardini qui enregistre cette valence des héros dantesques, conçus par Landino comme des archétypes d’une nouvelle philosophie morale, des «figures méta-historiques» et des «interprètes inégalables de la condition et de l’éternel destin de l’homme». (  La Critica del  Landino , Firenze, Sansoni, 1973, p. 31, apud   Teresa Chevrolet, ibidem ).  AACCTTAA IIAASSSSYYEENNSSIIAA CCOOMMPPAARRAATTIIOONNIISS,, 88 /  / 22001100  AALLTTEE LLUUMMII /  /  OOTTHHEERR WWOORRLLDDSS /  /  AAUUTTRREESS MMOONNDDEESS ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________   107 de l’Énéide . Il en résulte «non seulement une valorisation du héros comme un champion de la psycho-genèse, mais encore l’inscription de l’œuvre littéraire dans un ensemble exclusivement littéraire, une sorte de chaîne des œuvres où les grands  poètes ne feraient en somme que s’entre-imiter   (…).» Investie du sens platonicien du voyage symbolique de l’âme, l’allégorie dantesque envisagée par Landino «apparaît comme une nécessité historique: une manière d’instaurer le schème du retour littéraire, de la civilisation cyclique, d’une sorte de translatio poeticae .» 1  Le mérite de l’exégèse landinienne, qui fait surgir «un Dante nouveau (…), dont l’histoire personnelle est conciliée avec le génie en une unité supérieure qui est celle de la Weltanschauung  néo-platonicienne», conception doublée de la réflexion «sur la  prééminence de la poésie comme fait culturel et humain, donc transcendentalement  politique» 2 , consisterait, à notre avis, dans la mise en évidence d’un double aspect de l’œuvre dantesque qui en confère une dimension moderne et «classique» à la fois, dans la mesure où elle implique une capacité de transcender l’histoire culturelle de son époque, en général, et l’histoire de la littérature, en particulier. En soulignant, dans la Comédie , l’«interaction constante entre l’histoire concrète de Dante (…) et la vision universelle dans laquelle il la place» 3 , les exégètes contemporains n’ont cessé d’accentuer cette modernité de l’œuvre du poète florentin. Le retour aux srcines  envisagé par Dante – le héros-herméneute engagé dans une catabase  qui rappelle le mythème central du scénario orphique, celui du nostos 4  – est marqué, en outre, par une perspective profondément novatrice par rapport au lyrisme provençal qui avait nourri le «dolce stil nuovo» dont le poète italien se revendiquait, rattachée à une «conception résolument progressive» sur le dialogue avec les grands maîtres et les grands œuvres du passé. Comme l’a montré Friedrich Wolfzettel, sur les traces de Gérard Gonfroy, „chez Dante, le «souci fondamental des théoriciens médiévaux de se rattacher à une auctoritas » 5  se transforme en une conscience historique des srcines, indépendamment de la question de l’imitation”: pour Dante, l’acte novateur des débuts «désigne le début  par excellence d’une série d’étapes conçue, pour la première fois, comme une  progression historique équivalant à ce que nous sommes habitués à appeler une histoire littéraire» 6 . 1  Teresa Chevrolet, idem, pp. 218-219. 2  Frank La Brasca, „L’Humanisme vulgaire et la genèse de la critique littéraire italienne: étude descriptive du commentaire dantesque de Cristoforo Landino”, in Chroniques italiennes , no. 6/1986, texte disponible à l’adresse http://chroniquesitaliennes.univ-paris3.  fr/PDF/6/Labrasca.pdf  , p. 13. 3   Mario Baratto,   „Damnation et damnés dans l’Enfer   de Dante”, in Chroniques italiennes , no. 10/1987, texte disponible à l’adresse http://chroniquesitaliennes.univ-paris3.fr/PDF/10  /Dante.pdf  , p. 13. 4  Cf. Gilbert Durand,  Les nostalgies d'Orphée. Petite leçon de mythanalyse , in  Religiologiques , 15 (printemps 1997) Orphée et Eurydice: mythes en mutation , texte disponible à l’adresse http://www.unites.uqam.ca/religiologiques/no15/durand.html . 5  Gérard Gonfroy, „Le reflet de la canso dans le  De Vulgari Eloquentia  et dans les  Leys d’Amors ”, in Cahiers de civilisation médiévale , no. 25 / 1982, p. 195 6  Friedrich Wolfzettel, „Y a-t-il une conscience historique dans la lyrique courtoise du Moyen Age?”, dans Emmanuèle Baumgartner, Laurence Harf-Lancner (études recueillies par),  AACCTTAA IIAASSSSYYEENNSSIIAA CCOOMMPPAARRAATTIIOONNIISS,, 88 /  / 22001100  AALLTTEE LLUUMMII /  /  OOTTHHEERR WWOORRLLDDSS /  /  AAUUTTRREESS MMOONNDDEESS ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________   108 Tout en gardant une liaison étroite au contexte socioculturel et littéraire de sa  parution, la «cathédrale» de lettres qu’est la  Divine Comédie  se fonde sur une méditation parabolique sur les grands problèmes de l’humanité de toutes les époques, à travers un voyage dans la littérature du monde. Comme l’avait observé il y a  presque un siècle Pierre Charles, pour Dante, «le réel n’est qu’un immense poème, ou plutôt une inénarrable parabole, et son sens caché, mystique – le mot ne devrait rien signifier d’autre – son sens mystique est surnaturel. Il ne se comprend bien que rapporté à la geste du Fils de l’homme: il prépare, il annonce, il commémore la Rédemption. (…) Cette mystique (…) est une vision des choses et se ramène à ce  principe que rien n’est compris dans l’œuvre de la création tant qu’on ne sait pas la  pensée du Verbe qui s’y manifeste, et la parole qu’à leur insu tous les êtres révèlent, comme un secret pour les élus.» 1  Enjeu essentiel de l’expérience catabatique de Dante – l’acteur   sur la scène de l’autre monde, le disciple de Virgile et de Béatrice (la raison et la grâce divine), la rédemption  est déplacée par Dante – l’auteur   du «poème sacré» et le narrateur de cette aventure exemplaire  toujours dans l’espace du livre dont la lecture permet l’ascension spirituelle: lecteur (et rescripteur), Dante invite en permanence ses lecteurs au décryptage du «livre du Monde» afin d’en avoir accès aux fruits spirituels. Il s’érige ainsi en créateur d’ nouvel horizon d’attente. Car “Dante’s project is not to give a mirror image of the other world, but rather to interpret it. (…) Interpretation always involves a ‘forestructuring’, determining in advance a possible field of objects on the basis of expectations (…). The classical heritage of the myth about the underworld would inevitably form an important part of Dante’s horizon of expectation. (…) Dante’s is an interpretive ontology having the unity of a world, blending classical and Christian worlds together into a unified experiential order. (…) The whole Inferno is to be found in – and as – a hermeneutic space for which Dante makes ontological claims.” 2  Pratique symbolique  et ouverture vers le perpétuel dialogue intertextuel sont les deux dimensions du «trésor» dantesque qui unit la réflexion sur le livre du Monde (  y compris  les livres qui en restituent les images mimétiques ou cryptées) à celle concernant la vie intérieure de l’homme, en tant que «livre de la Mémoire» 3 . Le voyage dans l’autre monde du poète qui avait accordé à la poésie le prestige d’une «science» sacrée y permet de révéler en quelle mesure le thème mythologique de la descente aux enfers  peut être rattaché à une fonction fondamentale de la littérature conçue comme lieu de la mémoire. Avec les mots de Jean-Cristophe Valtat, «c’est qu’il y a une historicité de l’éternité où se meut la grande archive humaine, une redistribution constante de l’espace qui est alloué aux Progrès, réaction, décadence dans l'Occident médiéval,   Genève, Librairie Droz, 2003, p. 225. 1  Pierre Charles, „Dante et la Mystique”, in  Revue néo-scolastique de philosophie , 23° année, no. 90/1921, texte disponible sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/ article/phlou_0776-555x_1921_num_23_90_2273 , p. 131, 139. 2  William Franke,  Dante’s Interpretive Journey , University of Chicago Press, Chicago, 1996, p. 186. 3  Isabelle Abramé-Battesti, „Citation et réécriture dans la Commedia  de Dante”, in Chroniques italiennes , no. 36 (4) / 1993, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris 3, p. 24, texte disponible sur http://chroniquesitaliennes.univ-paris3.fr/PDF/36/Abrame.pdf  .  AACCTTAA IIAASSSSYYEENNSSIIAA CCOOMMPPAARRAATTIIOONNIISS,, 88 /  / 22001100  AALLTTEE LLUUMMII /  /  OOTTHHEERR WWOORRLLDDSS /  /  AAUUTTRREESS MMOONNDDEESS ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________   109 morts. De tels glissements du terrain, pour avoir lieu aux enfers, n’en laissent pas moins, eux aussi une trace. Il est notamment un médium qui est au premier plan lorsqu’il s’agit d’enregistrer les secousses dans les royaumes de la mémoire, et c’est bien évidemment la littérature» 1 . La littérature en tant que dépositaire du savoir humain: c’est justement la fonction gnoséologique que Dante avait prétendu  pour sa poésie, conçue d’une manière programmatique comme philosophie, comme le montre l’auto-interprétation contenue dans la lettre adressée à Cangrande della Scala en 1319, accompagnant le manuscrit du Paradis . Or, cette trajectoire gnoséologique déroulée par le biais de l’allégorie est inséparable d’une interrogation du «livre du Monde» à travers une herméneutique des livres déjà écrits: la «somme» préconisée par Dante ne peut être conçue en dehors de cette conception fondamentale qui fournit les bases à son ontologie poétique. Allégorie herméneutique et dialogue intertextuel: c’est de cette double  perspective que nous nous proposons d’aborder la  Divine Comédie  et, en  particulier, le thème central du voyage dans l’autre monde , tout en nous intéressant, d’une part, aux «tracés anthropologiques» dans lesquels il s’inscrit et, d’autre part, à ses significations dans la «cathédrale de lettres» construite par Dante. Le voyage dans l’au-delà en tant qu’itinéraire intertextuel Comme tant d’exégètes l’avaient observé, le poème dantesque représente le couronnement d’un genre qui avait traversé la littérature du Moyen Âge européen commençant avec le VII e siècle (la Vision de Barontus 2 ), puisant ses racines, en  particulier, dans l’imaginaire religieux chrétien 3  et s’inscrivant dans la visée eschatologique en tant que mythe directeur dans l’imaginaire socioculturel de l’époque: il s’agit des visions  sur les voyages dans l’autre monde, produits d’une interaction entre la culture savante et la culture populaire 4 , récits didactiques mystiques, oniriques ou extatiques dont le but serait «de donner une réponse aux 1  Jean-Cristophe Valtat, „  N  εκυιαι  Modern(ist)es. Les nouvelles technologies de la descente aux enfers”, dans Juliette Vion-Dury (éd.),  Le lieu dans le mythe , Presses Universitaires Limoges, 2002, p. 305. L’auteur y reprend une observation de Friedrich Kittler, selon laquelle «le royaume des morts est aussi étendu que les capacités d’archivage et de transmission d’une culture donnée». ( Gramophone, Film, Typewriter  , Stanford University Press, 1999, p. 13). 2  Le premier récit visionnaire autonome (Cf. Mattia Cavagna, „Les visions de l’au-delà et l’image de la mort”, dans  La mort écrite: rites et rhétoriques du trépas au Moyen Âge. Textes récueillis par Estelle Doudet  , Tome 30 de Cultures et civilisations médiévales , Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2005, p. 52. 3    L’Apocalypse de Saint Paul , texte apocryphe daté du III e siècle, est considérée comme leur source fondamentale: «Tout au long du Moyen Âge, ce texte connaît un nombre très important de versions latines, connues sous le titre de Visio Sancti Pauli , et de traductions en langues vulgaires.» (idem, p. 53) 4  Cf. Jacques Le Goff, „Aspects savants et populaires des voyages dans l’au-delà au Moyen Âge”, dans  L’Imaginaire médiéval , Paris, Gallimard, 1985, pp. 103 – 119. Selon J. Le Goff, ces visions héritent trois «traditions»: une tradition antique qui commence avec les récits égiptiens et assiro-babiloniens, étant couronnée par la catabase d’ Énée, présente dans le sixième chant de l’épopée de Virgile, l’apocalyptique judéo-chrétienne et les récits «barbares», en particulier celtes (précisément irlandaises) sur les voyages dans l’autre monde.  AACCTTAA IIAASSSSYYEENNSSIIAA CCOOMMPPAARRAATTIIOONNIISS,, 88 /  / 22001100  AALLTTEE LLUUMMII /  /  OOTTHHEERR WWOORRLLDDSS /  /  AAUUTTRREESS MMOONNDDEESS ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________   110 questions que les Ecritures laissent irrésolues, questions concernant, en premier lieu, la mort et le sort de l’âme dans l’au-delà […]» 1 . Avant la parution de la  Divine Comédie , centrée autour de la  catabase  inscrite dans une trajectoire intertextuelle où les modèles déclarés sont la  Bible  et l’ Enéide , la littérature de l’Occident avait connu donc une véritable efflorescence des récits des voyages dans l’au-delà. En tant que représentations littéraires de l’imaginaire social du Moyen Âge, celles-ci se fondaient sur l’exploitation de plusieurs sources, à l’intérieur desquelles «le savoir chrétien se mêle bizarrement aux bribes de légendes antiques ou orientales 2 , aux croyances et récits nationaux», «ce riche fond de légendes et de superstitions» étant «largement diffusé» par «les théologiens eux-mêmes, à l’instar de Grégoire le Grand (…), afin de rendre les idées du christianisme sur l’âme, la mort, la résurrection et le châtiment accessibles à la masse des fidèles» 3 . Dans les termes d’Aaron Gourevitch, «si les développements littéraires plus tardifs dépendaient étroitement des récits latins sur les voyages outre-tombe, on aurait tort de négliger leur relation, tout aussi étroite, avec le folklore et on ne peut comprendre correctement les œuvres étudiées qu’en sachant qu’il existait simultanément des histoires orales, des chants, des ballades se nourrissant des motifs empruntés à la littérature latine, qui subissait, à son tour, l’influence de ces formes populaires» 4 . Ce qui sépare la catabase  dantesque des voyages dans l’autre monde racontés dans les  Dialogues  de Grégoire le Grand, la Vision de Bernold  , l ’Historia Ecclesiastica Gentis Anglorum  de Bède le Vénérable, la Vision de Tnugdal , le Panthéon  de Godefroy de Viterbe, le Voyage de Brendan , les  Historiaes  Memorabiles  de Rudolf von Schluttstadt etc., ce n’est pas essentiellement la topographie différente des géographies symboliques, ni la perception, différente elle aussi, du temps, tel qu’il apparaît au voyageur, ni même le degré d’implication de ce dernier dans les tribulations des ombres, mais le sens imprimé à cette aventure individuelle. Cet «individualisme» caractérisant la trajectoire de l’homme qui, en tant qu’«extrait de l’histoire du salut, est placé seul dans la présence du Tribunal Suprême», qui est «inséparable du sentiment de la corruption universelle et en  particulier de la perception de la mort, pendant tout le Moyen Âge» 5 , est dépassé sinon occulté chez Dante, où l’expérience individuelle est convertie en l’aventure d’un uomo universale , en préparant l’enthousiaste vision anthropocentrique de la Renaissance. 1  Mattia Cavagna, idem, p. 51. 2  Un de ces récits, appartenant à l’eschatologie arabe, est  Liber Scalae Machometi , qui avait longuement circulé dans l’Occident médiéval, et qui pourrait être une des sources «secondaires» de la  Divine Comédie  (cf. Jacques Monfrin, „Les sources arabes de la  Divine Comédie  et la traduction française du  Livre de l'ascension de Mahomet  ”, in  Bibliothèque de l'école des chartes , 1951, tome 109. pp. 277-290, texte disponible à l’adresse http://www.  persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1951_num_109_2_ 449448  . 3  Aaron Gourevitch, „Au Moyen Âge: conscience individuelle et image de l'au-delà”, in  Annales. Économies, Sociétés, Civilisations , 37 e année, no. 2/ 1982, texte disponible à l’adresse http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1982_num_37_ 2_282840 , p. 260. 4    Ibidem . 5    Ibidem , p. 269.
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